La dernière prière du vendredi à la mairie de Clichy ?

La dernière prière

Pas de prière du vendredi aujourd’hui, l’épreuve de force pour l’imam et les fidèles habitués à venir se prosterner tous les vendredis en face de la mairie de Clichy, au 89 boulevard Jean-Jaurès aura lieu vendredi 24 novembre. Journée test pour la police qui va faire son possible pour les disperser, en application de la décision de Pierre Soubelet, le Préfet des Hauts-de-Seine, qui n’a fait qu’appliquer l’injonction du ministre de l’intérieur, Gérard Collomb, qui a déclaré qu’il ne pouvait y avoir de prières de rue à Clichy-la-Garenne, mais que les musulmans de cette ville devaient avoir un lieu de culte décent. Une prise de position motivée par la mobilisation le 10 novembre 2017 d’une centaine d’élus de la République, qui s’étaient opposés à une prière de rue du vendredi en entonnant la Marseillaise. pendant que les hauts parleurs des croyants entonnaient la Chahada : Allahou akbar, achhadou an lâ illâha illa-llâh, wa-achhadou anna Mouḥammadan rassoûlou-llâh…

L’origine de ces prières de rues remonte à mars 2017 quand le maire de Clichy, Rémi Muzeau (LR), décide de fermer un lieu de culte dans le centre de Clichy, propriété de la ville, arguant qu’ils peuvent célébrer leur culte à la grande mosquée de Clichy, 19 Rue des 3 Pavillons. Mais les fidèles musulmans considèrent qu’elle est excentrée, de fait elle est à 1,3 km à pied de la Mairie, côté Saint-Ouen.


أَشْهَدُ أَنْ لْاَ إِلَـهَ إِلْاَّ ٱلله وَأَشْهَدُ أَنَّ مُحَمَّداً رَسُولُ ٱلله

Alors qu’à Ploermel la Mairie va devoir retirer la croix qui coiffe la sculpture érigée en hommage à Jean-Paul II, alors que la crèche de la Mairie de Béziers vient d’être à nouveau interdite, il semblait pour le moins incongru de continuer à tolérer en plein centre de Clichy et le long de l’avenue la plus fréquentée un office religieux sur la voie publique.

Mais à Clichy, le conflit puise ses sources au-delà d’un simple déplacement de lieu de culte. C’est un conflit de territoires lié au développement de Levallois et au changement de majorité municipale.

Revenons 70 ans en arrière :

Après la libération de Paris en 1944, la reprise économique et le baby boom ont poussé les parisiens des riches arrondissements de l’ouest, 16ème et 17ème, à s’installer plus à l’ouest, à Neuilly sur Seine, où de nombreux programmes immobiliers voyaient le jour. A l’époque un jeune couple de cadres avec enfants pouvait s’y acheter un appartement neuf, ce qui n’est plus le cas aujourd’hui.

Pourquoi Neuilly ? Parce que c’était une des rares cités de la petite couronne à ne pas être dirigée par des communistes. Boulogne est restée de gauche jusqu’en 1971, date de l’arrivée de Georges Gorse à la Mairie, et Levallois jusqu’en 1983 quand Patrick Balkany a pris la place de Parfait Jans, un communiste pur et dur.

Ce n’est donc qu’à partir de 1971 et de 1983 que Boulogne et Levallois ont commencé à se développer. Et les enfants des “bourgeois”, qui s’étaient installés à Neuilly dans les années 1950, ont acheté à Boulogne ou à Levallois. A Levallois une autre migration s’est accomplie quand la communauté juive de Seine-Saint-Denis et du Val d’Oise, en particulier de Sarcelles, a dû émigrer, poussée dehors par les exactions de certains musulmans.

Ce qui s’est passé à Boulogne et à Levallois est en train de se produire à Clichy : le 26 juin 2015, Rémi Muzeau, député-suppléant de Patrick Balkany de 2012 à 2017 a été élu maire, mettant un terme à 70 ans de mandat socialo-communiste. Disciple de Patrick Balkany, Rémi Muzeau s’efforce de mettre en oeuvre les recettes qui ont fait le succès de Levallois : attirer les entreprises et les CSP+, améliorer le cadre de vie et relancer la construction immobilière.

Et Clichy est en train de devenir une commune attirante : pour les enfants des familles de Levallois qui ne trouvent plus de place dans leur ville devenue très dense et très chère, pour les habitants du 17ème qui cherchent un logement plus grand et plus confortable, et pour la communauté juive chassée de la Seine Saint-Denis et du Val d’Oise.

D’autres facteurs vont favoriser l’attirance de la ville : le prolongement de la ligne 14, le tramway et le nouveau ministère de la justice à la porte de Clichy.

Dans ces perspectives, les musulmans sont devenus trop voyants, c’est la raison pour laquelle on les incite à aller prier à l’autre bout de Clichy, près de Saint-Ouen (Saint-Ouen est aussi une ville tenue par la gauche sans discontinuité depuis 1876, par les communistes depuis 1945, et passée à droite en 2014).

Ainsi la migration et le regroupement de la communauté musulmane au nord de Paris, dans la Seine-Saint-Denis et dans le Val d’Oise devrait s’accentuer, en même temps que l’exode des juifs de la Seine Saint-Denis vers les Hauts de Seine. Parallèlement, en même temps que la ville de Paris reste rose, la petite couronne, jadis ceinture rouge, a viré au bleu.

On ne peut aller contre le regroupement des communautés, c’est ce qui au cours de l’histoire a diversifié les langages, les cultures et les coutumes.

Un commentaire sur “La dernière prière du vendredi à la mairie de Clichy ?

  1. Les élus de tous bords ont eu raison de protester contre les prières de rue à Clichy. La rue appartient aux citoyens, pas aux pratiquants de telle ou telle religion.
    La construction d’édifices religieux ou de prières ne doivent pas être à la charge des communes ou de l’Etat. Les pratiquants doivent financer eux-mêmes leurs lieux de culte.
    Un peu de pédagogie sur la laïcité ne ferait pas de mal pour certains. Pas seulement chez les musulmans qui ont tout à fait le droit de pratiquer leur religion…..

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