Quels sont les membres du cabinet noir de l’Élysée ?

J’ai publié le 4 février un mail provenant de l’entourage de François Fillon qui révélait la source du Canard Enchaîné et relatait le parcours du dossier. Lors de l’entretien qu’il a accordé mardi à France Inter, François Fillon a confirmé qu’il savait qui avait transmis un dossier à charge contre lui aux journalistes du Canard enchaîné, qu’il en connaissait les circonstances, qu’il savait qui avait ébruité les PV de ses auditions… De fait il s’est appuyé sur le contenu de ce mail sans nommer les protagonistes, les membres du cabinet noir, Gaspard Gantzer et Thomas Cazenave qui se sont sentis visés et n’ont pas tardé à réagir.

François Fillon a déclaré : “J’ai les dates, les jours, les personnes qui ont communiqué les documents, etc. Ça viendra, le moment venu, je poursuivrai tous ceux qui sont à l’origine de cette affaire”. Mais vrai ou faux, tout le monde sait qui il vise depuis longtemps et ses révélations ne seront pas un scoop.

Gaspard Gantzer a déclaré que les accusations implicites du candidat LR sont “de la pure calomnie”. “Il veut déposer une plainte ? Eh bien, qu’il le fasse. Mais il n’a aucun élément, aucune preuve. Et il faudra aussi qu’il nous explique en quoi lui serait calomnié puisqu’il ne conteste nullement les informations sorties par Le Canard enchaîné.”. Le contentieux qui touche François Fillon porte en effet sur l’interprétation des faits, non sur leur existence.

En attendant, le climat délétère installé par cette polémique sur le prétendu “cabinet noir” de François Hollande a des répercussions fâcheuses. Gaspard Gantzer et Thomas Cazenave ont reçu, tous deux, des menaces de mort. Thomas Cazenave a déposé une plainte contre X. Il est temps pour tout le monde que la campagne s’achève.

Trump a tiré 59 missiles Tomahawk sur la Syrie

Donald Trump n’a pas tardé à réagir au raid aérien de l’aviation syrienne sur Khan Shaykhun, une petite ville contrôlée par les rebelles dans le nord-ouest de la Syrie (sur la M5, à mi chemin entre Alep au nord et Homs au sud, cf. carte), qui aurait fait au moins 72 morts, dont 20 enfants, victimes d’un gaz encore non identifié.

Selon le Pentagone, 59 missiles auraient été tirés depuis des navires de la marine américaine. La frappe a visé l’aérodrome de Shayrat qui serait “directement lié” à l’attaque chimique selon l’administration américaine.

Damas de son côté a démenti “catégoriquement avoir utilisé toute substance chimique ou toxique à Khan Cheikhoun” et son allié russe développe la piste d’un bombardement de l’armée syrienne ayant touché un entrepôt contenant de substances toxiques. Pourtant, les premiers éléments et témoignages recueillis sur le terrain s’opposent à cette thèse.

La décision de Bachar El Assad d’utiliser l’arme chimique est difficilement compréhensible :

  • à qui profite le crime ?
  • l’intérêt de l’arme chimique est de tuer un grand nombre d’ennemis, militaires, rebelles ou civils sans endommager les habitations et les matériels,
  • 72 morts dans une attaque chimique, c’est évidemment trop, mais ça ne rentre pas dans le cadre des objectifs de cette arme, c’est-à-dire exterminer une population,
  • mais surtout il ne pouvait pas ignorer que c’était le meilleur moyen pour retourner les occidentaux contre lui, alors que certains commençaient à le considérer comme un mal nécessaire dans la lutte contre Daesh.

En revanche, la décision de Trump s’explique facilement :

  • l’émotion, évidemment, en pensant à ses propres enfants et petits enfants
  • réaffirmer le leadership américain en tant que gendarme de la planète,
  • faire oublier le soutien de la Russie durant la campagne électorale américaine,
  • faire oublier les bombardements de civils à Mossoul,
  • mettre le bazar au Proche Orient pour faire remonter les cours du pétrole (grâce aux gaz de schistes, les américains sont désormais exportateurs d’hydrocarbures).

Si Trump avait été un “sage”, il aurait pris son téléphone et appelé Bachar pour lui dire “Stop your fucking chemical bombings or I’ll launch my Tomahawks”, il aurait attendu les résultats de l’enquête sur l’utilisation de l’arme chimique, il aurait saisi le conseil de sécurité, bref il aurait utilisé la méthode diplomatique. Mais Trump est un peu comme Obélix : on frappe d’abord et on discute ensuite. Bachar El Assad lui a offert un prétexte sur un plateau. Obama n’avait rien fait après l’attaque chimique au gaz Sarin, le 21 août 2013, qui avait fait plusieurs centaines de morts (1400 selon les Etats Unis) dans les environs de Damas. Mais les présidents américains se suivent et ne se ressemblent pas.