Terre Armée : une technique à proscrire

Viaduc de Gennevilliers

Le remblai en terre armée d’une culée du viaduc de Gennevilliers sur l’autoroute A15 a cédé brusquement mardi 15 mai dans l’après-midi. La circulation sur cet axe majeur du nord-ouest de l’Ile de France est interrompue pour plusieurs jours.

Le procédé Terre Armée®, inventée par Henri Vidal en 1963 et développé par la société Terre Armée est une technique qui permet de faire tenir  un remblai quasiment à la verticale  grâce à des armatures liant les plaques de parement en béton armé préfabriqué au remblai en terre, de façon à constituer un mur poids en terre armée.

Cette technique est séduisante sur le papier, car elle permet d’édifier rapidement et à bas coût d’immenses murs poids. Mais elle n’est pas pérenne : au contact de la terre et des ruissellements d’eau, les armatures se corrodent rapidement, notamment à l’interface entre les plaques de parement et la terre, et ces plaques de parement finissent par se détacher, une par une dans le meilleur des cas et toutes ensemble dans le pire des cas. Comme ces armatures sont noyées dans la terre, et comme aucun élément métallique n’affleure au nu des plaques de parement, il est impossible de les contrôler et d’estimer leur degré de corrosion et leur niveau de résistance.

terre arméeLe problème est connu presque depuis le début de la mise en pratique de cette technique. Je me souviens d’un stage de Génie Civil à Paris dans les années 1990 au cours duquel la pathologie de ce dispositif et les solutions palliatives avaient été exposées. La leçon que j’avais retenue était qu’il fallait absolument interdire cette technique de terre armée. Comme la technique également peu pérenne des pierres agrafées dans le bâtiment.

Nonobstant elle a continué à être mise en œuvre, pour deux raisons : 1) ce n’est pas cher 2) les ouvrages tiennent plus de 10 ans avant de s’effondrer, donc au-delà de la garantie légale du constructeur.

Une chose est certaine cependant : tous les ouvrages en terre armée s’effondreront prématurément. Car des armatures en acier, même inoxydable et même  galvanisé, se corrodent (rouillent) lentement au contact du remblai humide et finissent tôt ou tard par céder, bien avant les armatures des ouvrages en béton armé, qui elles sont protégées par le béton qui les enrobe grâce à ses propriétés passivantes dues à sa forte alcalinité.

Obsolescence programmée – et criminelle !

soil nailCette invention française a été reprise par de nombreux pays dans le monde, mais dans leur grande sagesse ils ont donné un fruit important aux talus soutenus, ce qui leur permet de se consolider dans le temps et de ne pas s’effondrer même si les armatures viennent à lâcher. C’est le principe des murs de soutènement en pierres dont le fruit est inférieur à celui du talus naturel.

A Gennevilliers, le mur de soutènement en plaques de béton préfabriquées minces est quasiment vertical, et le remblai utilisé est tout simplement du sable qui ne demande qu’à s’écouler dès qu’il en a la possibilité :

On voit bien sur cette dernière photo les armatures qui pendent, à mon avis, les ruptures se sont faites au niveau des jonctions avec les plaques en béton.

Ma conclusion est que ce procédé devrait être proscrit ou autorisé sous réserve d’une obligation d’un fruit minimal et de l’incorporation au remblai de matériaux permettant sa consolidation au fil du temps : ciment, chaux, cendres volantes, etc.