Que révèle la Colère des Gilets Jaunes ?

Avant-propos

Très occupé depuis le début de l’année mois par deux rénovations d’appartements (en vue de les vendre et de m’acheter une maison), j’ai délaissé ce blog. La révolte des Gilets Jaunes m’a interpellé et je livre ici, un peu dans le désordre les réflexions qu’elle m’a inspirées. Je compléterai l’article au fur et à mesure.

Que s’est-il passé samedi à Paris ?

La manifestation des Gilets Jaunes samedi 24 novembre est sortie du cadre habituel des événements déclarés par les mouvements revendicatifs (syndicats, partis politiques, collectifs) et soumis d’habitude à l’autorisation de la préfecture de police qui valide le parcours et les horaires.

En réponse à la demande des Gilets Jaunes, la préfecture de police a choisi le Champ de Mars comme lieu de manifestation. Comme l’a dit un Gilet Jaune : “nous ne sommes pas des moutons pour qu’on nous parque sur un champ”. En effet le Champ de Mars est une immense pelouse assez râpée et encadrée d’avenues inhabitées faciles à contrôler par les forces de l’ordre, d’où il n’est même plus possible d’accéder à la tour Eiffel depuis qu’elle a été ceinturée d’un mur de 3 mètres de hauteur. Ce samedi, en prévision de la manifestation, l’accès à la Tour Eiffel était fermé et les touristes s’y sont cassé le nez, alors même qu’il n’y avait là que quelques dizaines de manifestants.

Les Gilets Jaunes se sont donc rendus au pied de la plus belle Avenue du Monde, non loin des lieux de pouvoir, l’Elysée, l’Assemblée Nationale et le Ministère de l’Intérieur. Ça n’a pas été une surprise pour le Ministère de l’Intérieur qui avait fait fermer les Champs Elysées et rassemblé d’importantes forces de police sur place.

Lors des grandes manifestations sur les Champs Elysées, comme le défilé du 14 juillet, tout ce qui encombre l’avenue est retiré : les véhicules stationnés à 2 ou 4 roues, les feux de circulation et bien évidemment les équipements des chantiers de voirie : matériel, panneaux, palissades, palettes, planches, etc. Ça n’a pas été le cas cette fois-ci, ce qui a permis aux manifestants les plus entreprenants de constituer des barricades et d’y mettre le feu.

Les pavés de l’avenue, le fameux pavé de Paris, le pavé de 68, ces pavés qui avaient été recouverts d’une couche de bitume après 1968 pour éviter que de futurs manifestants s’en servent de projectiles ou de matériau de barricades, ces pavés de 1968 ont été mis à profit par certains manifestants pour caillasser les fourgons des forces de la police.

Toute personne qui circule comme moi à Paris en deux roues peste contre le revêtement des chaussées où les pavés à moitié recouverts de bitume forment des creux et des bosses et parfois des trous qui mettent à mal le dos des usagers et les suspensions des véhicules. C’est une des raisons pour laquelle il y a tant de 4×4, SUV et Crossovers à Paris.

Certaines mauvaises langues ont affirmé que Christophe Castaner avait donné des ordres pour laisser faire les casseurs, afin de ternir l’image des Gilets Jaunes.

Qui sont les Gilets Jaunes ?

J’ai vu des retraités, des actifs, salariés ou chefs d’entreprise, des professions libérales parmi les Gilets Jaunes interviewés à la télévision, mais je n’ai vu ni cadres supérieurs ni chômeurs.

Ces Gilets Jaunes reflètent les catégories socio professionnelles les plus matraquées par le gouvernement Macron : les retraités et les travailleurs pauvres.

Pas de cadres supérieurs en revanche, pour qui (s’ils ne disposent pour beaucoup d’un véhicule de fonction avec le carburant payé par leur société) la dépense carburant représente peu dans leur budget, pas d’assistés (RSA, APL, locataires d’HLM) qui bénéficient déjà des fruits de la redistribution. Pas de riches non plus, mais le riche ne manifeste jamais.

A Paris il n’y avait pas d’habitants des banlieue, ni même de jeunes casseurs.

Des “petits blancs” selon BFM TV.

Aux yeux des Gilets Jaunes, la mesure phare d’Emmanuel Macron, la suppression de la taxe d’habitation, pas plus que la suppression des cotisations chômage pour les actifs, n’ont manifestement compensé la hausse des autres taxes (CSG sur les pensions) et le relèvement des tarifs publics (Electricité, Gaz, Timbre Poste…).

Cette France des travailleurs et retraités pauvres ou de revenus modestes a bien perçu le dédain voire le mépris des instances dirigeantes et des médias inféodés à leur égard (toutes les chaînes de la TNT), il n’y a que sur RT France (canal 359 sur la FreeBox) que j’ai pu trouver une information sinon objective mais du moins différente.

La proximité de Noël, les journées courtes et le froid, la mauvaise image due aux dégradations des casseurs abondamment mise à profit par le gouvernement auront probablement raison de la révolte des Gilets Jaunes.

Mais le dégoût et la rancœur perdureront et je ne doute pas qu’ils feront entendre leur voix au moment des prochaines échéances électorales.

La prime à la conversion

Le dispositif gouvernemental :

Le vieux véhicule mis au rebut doit être une voiture ou une camionnette, dont le poids total autorisé en charge n’excède pas 3,5 tonnes et répondant aux critères ci-après.

Ménage imposable Ménage non imposable
Véhicule diesel immatriculé avant 2001 Véhicule diesel immatriculé avant 2006
Véhicule essence immatriculé avant 1997

Le montant de la prime dépend du véhicule acheté et de la situation fiscale du foyer :

  • achat d’un véhicule électrique d’occasion ou d’un véhicule thermique (essence, diesel ou GPL) Crit’air 1 ou 2, neuf ou d’occasion, dont le taux de CO2 est inférieur ou égal à 130g/km → 1000 euros pour un foyer imposable, 2000 euros pour un foyer non imposable;
  • achat d’un véhicule électrique neuf → 2500 euros, sans condition de revenus;
  • achat d’un deux-roues, trois-roues motorisé ou quadricycle électrique neuf → 100 euros pour un foyer imposable, 1100 euros pour un foyer non imposable.

Donner une prime à ceux qui se séparent de leur voiture pour acheter un vélo ou pour prendre le transports en commun.

“Macron c’est Marie-Antoinette : vous n’arrivez pas à faire votre plein ? Achetez une nouvelle voiture. Vous ne pouvez plus acheter du fioul ? Changez votre chaudière ! ”(Tweet de François Ruffin de la France Insoumise).

Marie-Antoinette ou Louis XVI ?

Comme pour la taxe d’habitation, ces mesures relèvent de la volonté du gouvernement et pas d’une demande du peuple, pour ma part je considère cette prime comme inutile, injuste et néfaste à l’environnement.

Inutile parce que ces vieux véhicules disparaissent progressivement : le moteur fatigue, la carrosserie se corrode, le contrôle technique les refoule et leurs propriétaires, s’ils sont peu fortunés, se tournent naturellement vers des occasions en meilleur état.

Inutile parce qu’en vertu de la réglementation Crit’Air les véhicules concernés ne seront bientôt plus autorisés à rouler dans les grandes villes, ce qui incitera naturellement leurs propriétaires  à se tourner vers des véhicules d’occasion Crit’Air 3, c’est à dire immatriculés après le 1er janvier 1997 pour les essence et après le 1er janvier 2006 pour les diesel. Des véhicules très peu chers sur le marché de l’occasion.

Inutile parce que beaucoup de propriétaires de ces vieux véhicules habitent à la campagne, là où les particules sont moins nocives qu’en ville, et là où la pollution vient surtout des engins agricoles diesel et des pesticides.

Néfaste à l’environnement parce que la mise au rebut d’un véhicule en parfait état de marche (contrôle technique) pour le remplacer par un véhicule neuf dont la fabrication a consommé des matières premières, de la force de travail et a produit du CO2 et des particules (venant des usines, des navires et des camions qui ont transporté la voiture, des ouvriers qui se sont rendus au travail avec leurs voitures…). Pas besoin de chiffres pour imaginer un bilan négatif.

Injuste, notamment dans la distinction entre les ménages imposables et non imposables :

Madame A est célibataire, salariée, elle gagne 1400 € par mois, elle habite à Paris où elle loue 700 € par mois une chambre de 15 m2, elle paie 100 € de charges et 300 € par an de taxe d’habitation, compte tenu de ses revenus elle n’a pas droit à l’aide au logement et elle est imposable, son impôt annuel 100 €. Il lui reste 567 € chaque mois pour payer son électricité, son téléphone, sa nourriture, ses vêtements, ses transports.

Madame A n’a pas les moyens d’avoir une voiture et même si elle en avait une, elle ne pourrait pas bénéficier des mesures réservées aux personnes non imposables.

Monsieur B est célibataire (divorcé ou veuf), retraité, il a élevé au moins un enfant, sa pension est de 1400 € par mois, il habite à la campagne dans une maison individuelle, il paie par an 800 € d’impôt foncier, 400 € de taxe d’habitation, et 200 € d’eau, avec 1,5 parts fiscales il n’est pas imposable. Il lui reste 1283 € chaque mois pour payer son électricité, son téléphone, sa nourriture, ses vêtements, ses transports.

Monsieur B est propriétaire d’une Peugeot 106 à essence de 1996 qui malgré son âge roule encore bien car il s’en sert peu. Grâce à la prime à la conversion de 2000 €, il va pouvoir s’acheter une Peugeot 207 Diesel Société de 2006 au prix de 3000 €, et s’il attend le mois de janvier, il pourra grâce à la prime à la conversion de 4000 €, devenir propriétaire de la même voiture sans débourser 1 € (hormis le certificat d’immatriculation).

Ne prendre en compte que l’impôt sur le revenu, et pas les dépenses de logement (propriétaire, locataire, locataire HLM) non plus que le patrimoine dans les critères d’attribution de la prime à la conversion est profondément injuste.

Le bonus malus

Comme la prime à la conversion, cette prime est inutile, injuste et néfaste à l’environnement.

Inutile parce que les taxes sur les carburants sont déjà là pour inciter les automobilistes à opter pour des véhicules moins gourmands.

Injuste parce qu’elle ne s’applique qu’à l’achat de voitures électriques, ces voitures, hormis celles qui ont très peu d’autonomie (Peugeot Ion, Citroën Zéro) sont très chères à l’achat et rendent les voyages de plus de 300 km extrêmement compliqués en raison de la difficulté de trouver des bornes de recharge et du temps nécessaire à la recharge. Sans compter que les recharges rapides réduisent la durée de vie des batteries. Une mention spéciale à Renault qui loue ses batteries tout en limitant le kilométrage annuel.

Injuste quand les acheteurs fortunés de Tesla ou de BMW électriques, ces puissantes voitures de luxe, bénéficient d’une prime à l’achat de 6000 € financée par les acheteurs de voitures à essence de moyenne cylindrée, et peu ou pas par les acheteurs de voitures diesel.

La voiture électrique est néfaste à l’environnement compte tenu des conditions de fabrication des batteries et surtout de leur recyclage pour lequel rien n’est encore prévu (à quand la taxe recyclage pour les acheteurs de voitures électriques ?), pas de recyclage = mise en décharge, au déploiement de moyens de production et de nouvelles lignes électriques destinées à alimenter les stations de recharge rapides.

N’y aurait-il pas une absurdité à chauffer des maisons au fuel (émetteur de particules fines) au gaz ou avec des convecteurs électriques (au lieu de pompes à chaleur), et à bannir l’utilisation du gazole (équivalent du fuel) pour les voitures et imposer l’électricité et tous les inconvénients liés ?

[ A suivre…]