Comment faire baisser le prix de l’électricité ?

Le gouvernement a déclaré que les tarifs de l’électricité n’augmenteraient pas au 1er janvier 2019. Comment va-t-il s’y prendre ? La dernière fois que les tarifs de l’électricité ont été gelés, par décision de Ségolène Royal, les concurrents d’EDF ont fait un procès à l’Etat, qu’ils ont gagné, et le gel a été annulé, avec un effet rétroactif. Le seul moyen de faire baisser le prix de l’électricité serait de faire baisser les taxes.

Combien de taxes sur l’électricité ?

Comme je l’ai fait pour l’essence et le diesel, j’ai analysé les taxes sur l’électricité en me basant sur ma dernière facture (cliquer sur l’image pour en voir le détail).

consommation : 1082 kWh
abonnement : 14,74 €   /   consommation : 96,08 €
montant HT : 110,82 €
taxes 67,55 € (TCFE 10,35 €, CSPE 24,35 €, CTA 2,73 €, TVA 30,12 €)
% taxes sur HT 61 %
kWh HT : 0,10 €   /   kWh TTC : 0,16 €

Les taxes sur l’électricité représentent 61% du prix de la fourniture hors taxes.

Avant l’application de la TVA, l’électricité est soumise à différentes taxes :
– la TCFE ou Taxe sur la consommation finale d’électricité, au profit des collectivités locales
– la CSPE ou Contribution au Service Public de l’Electricité finance les obligations d’achat (électricité éolienne), la gratuité de l’électricité pour les personnes démunies, la péréquation tarifaire (tarif identique dans les outremers),
– la CTA ou Contribution Tarifaire d’Acheminement, destinée à financer les retraites des agents EDF et Gaz.

La TVA s’applique non seulement sur le prix hors taxes de l’électricité, mais aussi sur les taxes !

Pourquoi tant de taxes ?

Parce que grâce au parc nucléaire et au parc hydraulique, le prix de vente de l’électricité hors taxes est un des moins chers d’Europe, ce qui a permis à l’Etat au fil des années de se servir sur les consommations d’électricité des particuliers. Et par le principe des vases communicants, plus il y aura de gens en précarité à qui on offrira la gratuité du courant électrique, plus le prix de vente public de l’électricité augmentera.

Il est inique de taxer autant un produit de première nécessité comme l’électricité. Pourquoi ne pas taxer aussi les abonnements internet ? Une taxe pour les collectivités locales car les câbles et les fibres transitent par le domaine public, une taxe pour la péréquation tarifaire, car les prix d’abonnement des box sont les mêmes partout, une taxe pour faire bénéficier de la gratuité les personnes démunies. Une taxe pour financer les retraites des employés d’Orange de Bouygues, de SFR et de Free. Et enfin une TVA sur les taxes.

Baisser les taxes pour faire baisser le prix de l’électricité ?

Il suffirait pour cela de supprimer la TVA sur les taxes et de l’asseoir seulement sur le prix hors taxes de l’électricité !

Le prix des carburants aux Etats-Unis et la politique de Macron

A l’heure où la hausse des taxes sur les carburants est contestée par le mouvement des gilets jaunes, voyons quel est le prix de l’essence et du diesel aux Etats-Unis. Aujourd’hui, les prix moyens sont les suivants :

Essence (Regular Gasoline) : $ 2.477 USD/gal
Diesel (Diesel Fuel) : $ 3.162 USD/gal

Sachant qu’un gallon correspond à  3,78541 litres et qu’un dollar vaut 0,88 €, les prix de l’essence et du diesel aux Etats-unis sont les suivants :

Essence : 0,575 € / litre (2.477 x 0,88 / 3,78541)
Diesel : 0,735 € / litre (3.162 x 0,88 / 3,78541)

Pourquoi tant de différence avec les prix français ?

Parce qu’aux Etats-Unis, les taxes sur l’essence et sur le diesel  ne représentent que 16 % du prix, alors qu’en France elles représentent 61,6 % du prix de l’essence et 57 % du prix du diesel :

Mais si on considère maintenant le taux de taxes, soit le montant des taxes divisé par le prix hors taxes, comme la TVA, dont le taux normal est de 20 %, le taux de taxes sur l’essence est de 160 % et le taux de taxes sur le diesel de 133 %, à comparer avec un taux de 19 % aux Etats-Unis, un pays où les salaires sont bien plus élevés qu’en France.

Il est pertinent de rééquilibrer les taxes entre le diesel et l’essence, mais ce rééquilibrage devrait se faire sur une longue période de temps, au moins une dizaine d’années, de façon à ne pas pénaliser les automobilistes qui ont acheté récemment des voitures diesel pour faire des économies de carburant. Et surtout ce rééquilibrage devrait voir la baisse des taxes sur l’essence parallèlement à la hausse des taxes sur le diesel.

Les gilets jaunes ont bien compris que la hausse des taxes à la fois sur le diesel et sur l’essence n’a pas pour objet de réduire les émissions de CO2, mais plutôt de remplir les caisses de l’Etat en faisant participer les français modestes, ceux qui ne paient pas ou peu d’impôts et pas ou peu de taxe d’habitation.

Il y avait des dispositifs plus justes pour inciter les français à réduire leur consommation de carburant, je pense notamment au malus automobile, mais celui-ci devrait être réformé car en l’état il favorise beaucoup l’achat de véhicules diesel ou hybrides rechargeables au détriment des voitures à essence.

L’attitude du pouvoir macronien vis à vis des français qui revendiquent consiste depuis le début à essayer de compenser une hausse de taxes ou d’impôts par la baisse d’une autre taxe ou la mise en place d’un dispositif aidé.

Aux retraités qui manifestent contre la hausse de la CSG la réponse invariable : “on va supprimer la taxe d’habitation”.

Pas dupes les retraités, qui pour beaucoup ont vu leur taxe d’habitation augmenter et non pas diminuer.

Aux gilets jaunes qui demandent l’annulation de l’augmentation des taxes sur le carburant, on propose une prime à la conversion pour acheter une voiture électrique hors de prix ou à très faible autonomie, une prime pour changer leur chaudière, la modération de la hausse des prix de l’électricité et du gaz, la gratuité des préservatifs (make love, not war).

Ne pas donner satisfaction à une revendication légitime, proposer à la place un dispositif d’aide pour l’achat de quelque chose qui n’a rien à voir, jeter des miettes en exonérant les très très modestes, non seulement ça ne sert à rien, mais en plus c’est coûteux pour les finances publiques et donc pour le contribuable ou le taxé.

Un président élu par surprise (affaire Fillon venant à point nommé), élu par défaut (il fallait faire barrage au FN), dont c’est le premier mandat électif, un président trop jeune et inexpérimenté, mais “qui se la pète”, des députés 2.0 eux aussi inexpérimentés et hors sol, qui grisés par leurs promotions se la pètent aussi, avions-nous besoin de ça en cette période de crise ? Nul doute que Nicolas Sarkozy ou François Hollande auraient été plus à l’écoute des Français et auraient mieux géré la contestation.