Le 10 février dernier, vous avez déclaré, à une forte majorité que les circonstances ayant rendu inévitable la séparation des Églises et de l’État, la discussion et le vote de cette réforme s’imposaient de toute nécessité, dans cette session même. C’était un engagement solennel, pris en pleine connaissance de cause, devant le pays tout entier. Depuis, la situation s’est-elle modifiée ? Non, Messieurs, elle est restée identiquement la même. Les difficultés avec Rome ne sont pas aplanies, car elles tiennent à des raisons profondes sur lesquelles pas plus le Saint-Siège que la République ne peuvent transiger.
Vous me direz que pendant trente-quatre ans la République a pu s’accommoder de ce régime. C’est vrai ; mais au prix de quelles concessions humiliantes, et de combien de capitulations de principes !
Je conviens qu’avec un pape comme Léon XIII qui était un diplomate avisé et fin, sachant assouplir la politique de l’Église aux difficultés de son époque, la situation aurait pu se prolonger longtemps encore, quoique dans une assez misérable équivoque.
Mais avec Pie X, tout épris d’absolutisme religieux, la rupture devenait inévitable. Le Concordat devait rester trop étroit pour contenir les mouvements un peu désordonnés d’une foi si vive et si agissante. Aussi les premières tentatives du nouveau pape ont-elles été pour l’affranchir d’obligations gênantes. Mais ses efforts devaient se briser contre la fermeté républicaine d’un chef de gouvernement qui n’entendait pas laisser compromettre entre ses mains les droits et la dignité de l’État laïque.
Il est résulté de ce conflit ce que vous savez. Je n’ai pas besoin de vous rappeler les événements ; vous les avez, pour ainsi dire vécus, et vous y avez pris votre large part de responsabilité.
Par suite de violations successives et pour ainsi dire systématiques du Concordat, les relations avec Rome ont dû être rompues. Vous avez approuvé la rupture. Vous avez fait plus. Par la suppression du crédit de l’ambassade auprès du Vatican, vous avez signifié clairement que vous vous opposiez à toute reprise des relations avec le Saint-Siège…
Poussés par la logique même de ces premiers votes, vous êtes allés plus loin encore. Le mois dernier, vous avez reconnu que la situation appelait une solution rapide et que la seule qui fût à la fois raisonnable et conforme aux intérêts et à la dignité de la République, c’était la séparation des Églises et de l’État. »